Développez sa communauté de lecteurs : comment ne pas confondre intimité et résonance
Idée reçue : personne n'a jamais réussi parce qu'il a partagé son matcha latte du matin
Dans cet article : pourquoi raconter sa vie n'est pas la clé pour créer du lien sur les réseaux, la différence entre intimité et résonance, comment transformer n'importe quel moment du quotidien en contenu utile pour votre audience et quelques exemples concrets par métier.
« Je suis kiné, comptable, psychologue, fleuriste, consultante RH, décoratrice... Je n’ai rien d’intéressant à raconter. »
A force d’entendre partout qu’il faut être authentique, créer du lien et donner de sa personne, beaucoup de professionnels finissent par se perdre. Ils pensent, de bonne foi, qu'il est devenu indispensable de raconter leur vie pour exister sur les réseaux.
Mais il ne faut pas confondre intimité et résonance !
Quand je vois des indépendants partager leur matcha ou se filmer en plein footing sur les réseaux professionnels sans refléxion pour accompagner ces moments, je comprends que nous sommes entrés dans une véritable ère de confusion.
Avant, le pro était avec le pro et le perso avec le perso.
La problématique aujourd’hui, est que la plupart des réseaux sociaux mélangent aussi bien les comptes d’entreprises que les profils personnels. Le monde de l’influence est passé par là et il a prouvé que, parfois, le perso permet de développer le pro.
Ce changement sociétal profond est difficile à décoder. Il crée une grande confusion dans l’esprit de ceux qui créent du contenu pour développer leur business.
Soyons clairs : montrer son café n’apportera rien à son business, sauf si on ambitionne de devenir influenceur lifestyle (et encore...).
Mais alors, dois je m’empêcher de poster une photo de mon café quand j’en ai envie ?
Non pas du tout, d’ailleurs je l’ai moi même fait cette semaine…
La confusion : Intimité vs Résonance
Le vrai sujet que je vois émerger n’est pas : Faut-il raconter sa vie pour réussir ? , mais plutôt :
Qu’est-ce qui crée l’attachement : l’intimité ou la résonance ?
L’idée reçue qu’il est nécessaire de déconstruire n’est pas qu’il faut raconter sa vie pour créer du lien. L’enjeu est plutôt de savoir trouver le lien entre sa vie perso et sa vie pro pour pouvoir le raconter.
Oui, certaines personnes ont bâti leur succès sur leur vie personnelle : Léna Situations, Justine Hutteau et bien d’autres. Mais l’erreur consiste à croire que c’est la simple révélation de leur intimité qui crée leur succès.
La clé de leur réussite réside dans leur histoire, devenue un support permettant aux autres de se reconnaître.
À l’inverse, des experts très suivis ne racontent presque rien de leur vie privée. Les gens les suivent pour leur manière de penser, leur regard, leur capacité à rendre un sujet intelligible.
Du coup, la déconstruction devient plus subtile :
L’intimité ne crée pas l’attachement.
L’attachement se crée grâce à sa capacité à faire résonner quelque chose chez l’autre.
La nuance est vraiment importante à saisir car on peut créer cette résonance de plusieurs manières : avec son histoire personnelle, avec ses idées, avec son expertise, avec son humour ou avec sa façon unique de voir le monde.
Comment expliquer le succès de Justine et Léna
Lorsqu’on regarde Léna Situations ou Justine Hutteau, on pourrait rapidement conclure : « Elles ont réussi parce qu’elles racontent leur vie. » Mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé !
Justine Hutteau (De la marque Respire, d’ailleurs petit moment pub gratos j’adore cette marque ! ) a raconté une expérience personnelle qui était directement reliée au problème que sa marque venait résoudre. Elle a parlé de sa tumeur, de sa prise de conscience et a documenté sa recherche de produits plus sains. Il y avait donc une continuité naturelle entre la personne et le projet, ce qui apportait à la fois une cohérence et une légitimité aux sujets abordés.
Pour Léna Situations, l’exemple est encore plus flagrant. Il s’agit d’une créatrice qui s’est fait connaître en racontant ses déboires amoureux, ses astuces mode et ses doutes. Sa communauté a grandi parce qu’ils traversaient les mêmes choses qu’elle au même moment : les ruptures, les études, les premiers appartements, les doutes, les rêves… Elle partageait certainement son café du matin, mais ce n’est pas cela qui a contribué à sa célébrité. C’est l’écho de ses situations.
La résonance naît de votre capacité à faire écho à quelque chose de déjà présent chez l’autre.
Et je crois que c’est là qu’on touche le vrai problème du personal branding. Les professionnels entendent : « Il faut être authentique », qui est trop rapidement traduit par : « Il faut raconter sa vie ». Puis, comme cela ne prend pas, la croyance devient : « Il faut raconter des choses de plus en plus personnelles ».
Authentique ≠ Intime
Authentique = Cohérent
Si raconter sa vie était la recette secrète, alors toutes les personnes qui partagent leur quotidien auraient du succès. Des milliards de personnes racontent leurs journées en Story ou post. À l’inverse, des experts publient des analyses sur la fiscalité, le référencement, la cybersécurité, la neurologie ou la finance et fédèrent des communautés immenses sans quasiment jamais parler d’eux.
Donc la variable explicative n’est pas pas simplement de dévoiler son intimité, mais le lien que tu parviens à faire entre ton quotidien et ton activité de façon à faire résonner une situation.
Comment transformer un moment du quotidien en contenu utile ?
Tout peut devenir contenu, à condition de comprendre pourquoi on le raconte. voici le moment de l’article où je reboucle avec le fameux : « Je suis kiné, comptable, consultante... je n’ai rien d’intéressant à raconter ».
En réalité, vous avez toute la matière. Vous n’avez simplement pas encore trouvé comment lier cette matière avec votre business :
Le footing n’intéresse personne , seul oui mais si cela nou spermet d’exprimer pourquoi on court ou une frustration une émotion alors cela peut résonner auprès d’autres personnes
Le matcha n’intéresse personne , vrai mais le mode de vie qu’il symbolise ou ses vertus concrètes peuvent avoir du sens.
Votre lecteur ne cherche pas à entrer dans votre vie, il cherche une histoire qui l’aide à améliorer la sienne. Il y a un processus très simple à retenir :
Le quotidien → l’observation → l’expertise.
Ou autrement dit :
Ce que je vis → ce que je remarque → ce que cela m’apprend.
Quel que soit votre métier, votre activité ou votre niche, tout peut devenir du contenu dès lors que vous savez trouver le lien.
Je suis sophrologue
Ce que je vis : J’ai couru ce matin.
Ce que je remarque : Dès que j’ai accéléré, j’ai bloqué ma respiration.
Ce que cela m’apprend : Je remarque que dans toutes les situations de stress, j’oublie de respirer.
Je suis décoratrice d’intérieur
Ce que je vis : Ce matin j’ai déplacé mon fauteuil pour prendre mon café sous un rayon de soleil.
Ce que je remarque : La pièce semblait soudain plus grande.
Ce que cela m’apprend : Nous surestimons l’importance des objets et sous-estimons l’importance des circulations.
Je suis fleuriste
Ce que je vis : Je partage un lever de soleil.
Ce que je remarque : je vois ce lever de soleil car je me lève à 4h00 du matin pour aller chez mon fournisseur. Parfois c’est dur de se motiver mais cela me permet d’être sûre d’avoir les plus belles fleurs. c’est ma plus belle récompense (en plus de ce joli lever du soleil)
Ce que cela m’apprend : La qualité de fleurs est très aléatoire, pour garder vos fleurs longtemps le meilleur entretien possible ne servira a rien si vos fleurs ne sont pas d’excellente qualité.
Je suis kiné
Ce que je vis : Ma femme m’a dit qu’elle se sentait raide et vieillie ce matin
Ce que je remarque : Elle avait simplement arrêté le sport depuis quelques mois à cause de son travail.
Ce que cela m’apprend : Le diagnostic de ma femme n’est pas le sujet, en revanche cela peut servir à certains de savoir que les douleurs viennent davantage de la perte de mouvement que de l’âge.
Je suis spécialiste des troubles digestifs
Ce que je vis : J’ai déjeuné avec des amis.
Ce que je remarque : Tout le monde parlait gluten, origine produit transformé
Ce que cela m’apprend : Nous surveillons ce qui entre dans notre assiette et c’est vraiment super mais personne ne pense ce qui se passe après pour mieux digérer.
Je suis consultante marketing
Ce que je vis : J’ai choisi une confiture au supermarché.
Ce que je remarque : J’ai un budget serré, pourtant je n’ai pas choisi la moins chère.
Ce que cela m’apprend : Le principe du positionnement prix et l’image que cela renvoie de la marque.
Je suis moi : qui me suis lancée sur substack pour parler d’écriture et stratégie d’identité personnelle et de marque :
Ce que je vis : je me pose en terrasse pour prendre un café et écrire dans mon cahier
Ce que je remarque : dès que je pose les mots sur le papier, les idées se clarifient. Ce qui était désordonné dans ma tête depuis des jours prend une vraie direction.
Ce que cela m'apprend : Je ne trouve pas ma stratégie éditoriale en y réfléchissant. En revanche elle vient naturellement en l’écrivant.
Ce triptyque quotidien, observation, expertise a aussi un impact sur ce qui construit petit à petit quelque chose de bien plus profond qu'un simple contenu utile. En partageant régulièrement des petits bouts de votre quotidien reliés à votre activité, vous permettez à votre audience de vous connaître progressivement, d’accéder à des fragments de votre vie, sans jamais vous livrer entièrement. Ce mécanisme explique pourquoi certains créateurs fédèrent des communautés aussi engagées, j'en parle en détail dans cet article sur les relations parasociales.
De la même façon, si vous vous demandez comment organiser tout ça sans trop vous disperser, j'ai écrit un article sur comment trouver sa ligne éditoriale quand on a envie d'écrire sur tout.
Ce qu’il faut retenir sur le personal branding et la vie privée
Le footing n’est pas le sujet. On s’en fout que Natacha ait couru 10 kilomètres à la fraîche ce matin. Le fauteuil n’est pas le sujet, le déjeuner non plus (moi aussi je déjeune tous les jours, quoi vous aussi ? Non arrête mais c’est un vrai lien qui nous unit ça ! Non ? ah bon ok).
En revanche, le regard d'expert permet de transformer une anecdote banale en une leçon utile pour votre audience. Vous avez la matière, il ne vous reste plus qu'à tracer le lien.
Si vous voulez que je vous donne des idées concrètes pour votre activité, dites moi votre métier et une habitude de votre quotidien, n'importe laquelle. Je vous propose des angles avec plaisir. J'adore faire ça, parce que, pour moi, chaque activité est une chouette histoire qui attend d'être racontée.
Emilie




« Qu’est-ce qui crée l’attachement : l’intimité ou la résonance ? »
L’intimité, c’est un dialogue. Pas un topic sur les réseaux.
La résonance, c’est l’effet de vide quand on enrobe des lieux communs dans un truc pseudo-sachant façons réseaux ?
« Sa communauté » comme si nous étions propriétaires des gens qui peuvent nous suivre quelques temps…
Ce triptyque résume tout : quotidien, observation, expertise.
Ce qui m'accroche dans un contenu, ce n'est pas la vie de quelqu'un. C'est ce que sa façon de regarder sa vie m'apprend sur la mienne. L'identification avant le voyeurisme.
Je travaille avec des entrepreneurs et je constate aussi que beaucoup pensent qu'ils n'ont rien à raconter. Ils ont pourtant une matière extraordinaire, des dizaines de situations chaque semaine qui font écho à ce que vivent leurs clients.
Mais ils cherchent l'histoire au lieu de chercher le regard.
Je vais garder ton triptyque en tête car c'est exactement ce que j'essaie de transmettre.