Comment trouver sa voix et devenir reconnaissable dès les premières lignes
Étape 2 du feuilleton « l’été où j’ai construit ma marque personnelle »
Bienvenue dans le deuxième épisode de mon feuilleton, “l’été où j’ai construit ma marque personnelle”.
Dans cet article, tu vas trouver :
le texte du dimanche
le concept à retenir
Trois exercices pratiques
un prompt IA
le programme de dimanche prochain
Dimanche dernier, on a posé les bases avec la matière première, tes obsessions, tes sujets, ton croisement. Aujourd’hui on passe à l’étape suivante, celle qui transforme cette matière en quelque chose qu’on reconnaît dès les premières lignes.
1. Le texte du dimanche - Pourquoi certaines écritures semblent avoir une voix
J’ai toujours senti que mon corps était trop petit pour mes sentiments.
C’est pour ça que j’écris.
J’écris depuis toujours. J’écris comme je raconte.
Mes amies qui me lisent me disent souvent, quand je te lis, je t’entends.
Je crois que c’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire.
Cela veut dire que je n’ai pas essayé d’être mieux, que je n’ai pas essayé d’être quelqu’un d’autre, ni plus belle, ni plus intelligente.
Cela veut dire que j’ai écrit ce qui avait besoin d’être écrit, avec ma voix.
Écrire avec sa voix. L’expression est tout de même étrange.
On écrit avec ses mains, on relit avec ses yeux…. Pourtant, c’est à l’oreille qu’on reconnaît quelqu’un.
Pour trouver son style d’écriture, il faudrait donc commencer par chercher sa voix.
Écrire avec ses mains, franchement... Quelle drôle idée.
2. Le concept : Pourquoi la voix compte autant dans une marque personnelle
Voix, ton, style, signature : comment ne plus les confondre
Avant de rentrer dans le vif du sujet, je pense qu’il est nécessaire de mettre un peu d’ordre dans le vocabulaire. Parce qu’entre la voix, la signature, le ton, le style et le positionnement, nos pinceaux risquent de sérieusement s’emmêler.
Trouver sa voix, sa signature, son positionnement, son style… c’est la même chose, non ?
Non.
La voix et la signature sont liées, mais elles ne sont pas exactement la même chose. La voix est ta manière personnelle de penser, de relier les idées et de t’exprimer, elle existe en toi même quand tu n’écris pas. La signature est la trace visible que cette voix laisse dans tes textes : certains réflexes, certains angles, certaines façons de raconter ou de formuler qui permettent, avec le temps, de te reconnaître sans lire ton nom. C’est ce que nous allons chercher dans cet épisode.
Le ton, c’est l’attitude que ta voix adopte dans un texte précis. Il peut être intime, pédagogique, léger, direct ou plus formel selon le lecteur, le contexte et ce que tu veux provoquer. Pense à un pianiste : sa voix, c’est l’instrument sur lequel il joue depuis toujours, ce qui ne change pas d’un morceau à l’autre. Son ton, c’est le volume et l’intensité qu’il choisit selon la pièce où il joue, un salon feutré ou une salle de concert. Ta voix reste la même, mais tu ne parles pas exactement de la même manière à un client, à ta mère, à ton enfant ou à ton chien.
Le positionnement, c’est la place que tu choisis d’occuper : ce que tu défends, les sujets que tu traites, les personnes auxquelles tu t’adresses et la raison pour laquelle elles viendraient te lire, toi plutôt qu’une autre personne. Nous y consacrerons l’épisode 3.
Le style, c’est l’ensemble des choix concrets et observables qui donnent une forme à cette voix : la longueur de tes phrases, leur rythme, ton vocabulaire, ta ponctuation, la structure de tes paragraphes, ta manière d’utiliser les images, l’humour ou les interrogations. Nous y consacrerons l’épisode 4.
Comment rendre sa voix reconnaissable ?
Lorsqu’on essaie de lancer sa marque personnelle, on entend souvent parler de stratégie de contenu, de positionnement, de ligne éditoriale.
Ces éléments sont importants mais ils ne suffisent pas à créer une relation.
Avoir l’impression de t’entendre, de te connaître, de te reconnaître au fil de tes publications est pour moi le cœur d’une marque personnelle.
Ta voix permet qu’en lisant les premières lignes d’un texte, on se dise : “ Tiens, je sais qui écrit.” C’est elle qui crée ce rendez-vous invisible qui donne envie de revenir.
Je tiens à préciser que dans “marque personnelle”, il y a “personnelle”. Je vais donc te proposer des conseils et des exercices concrets, non pas pour t’aider à construire une voix identifiable, mais plutôt pour t’aider à identifier ta propre voix.
Cette voix n’est pas figée, bien au contraire. Elle se travaille, s’affine et devient plus nette avec le temps.
Avant de commencer les exercices, voici cinq repères utiles pour commencer à rendre ta voix plus reconnaissable :
Écrire à partir de ce qui sonne juste pour toi. C’est normalement le moment où j’utilise le mot « authentique », mais oh que je déteste ce mot galvaudé et bien trop utilisé pour meubler des concepts abstraits.
Quoi qu’il en soit, il s’agira ici d’écrire avec tes propres mots, tes hésitations et tes convictions, plutôt que d’emprunter le jargon d’un autre. Dès qu’on essaie de faire trop marketing ou trop intelligent, on risque non seulement de ressembler à tout le monde, mais surtout à quelqu’un d’autre que soi. Une voix qui marque les esprits est une voix qui laisse deviner l’humain derrière l’écran.
Garder le même fil rouge partout. On devient identifiable à force de répétition. Ta voix doit donc résonner de la même manière, que ce soit dans une newsletter, dans une réponse rapide sous un commentaire ou dans tout autre contenu.
Partir du réel plutôt que de la théorie. Le meilleur conseil que je peux donner est bien celui-ci. Partir d’une situation réelle, d’un sentiment que tu ressens vraiment, te permettra d’incarner tes textes naturellement sans forcer, car tu ne feras pas seulement « expliquer », tu « raconteras » quelque chose.
Créer des signatures d’écriture. Si tu observes bien les auteurs que tu apprécies, tu remarqueras qu’ils ont des tics d’écriture, une façon bien à eux de démarrer un texte, une transition favorite, un rythme de phrase ou d’autres petites manies qu’ils affectionnent particulièrement. Ces marqueurs ne doivent pas être forcés ou artificiels, mais ils sont des repères qui installent une vraie complicité avec le lecteur. On apprendra dans les exercices à les identifier et à en prendre conscience.
Enfin, définir comment tu veux être perçu. Une voix reconnaissable commence par une décision, comment veux-tu être perçu ? Ta voix correspond à ta personnalité et elle doit être assez stable pour créer de la confiance. Si ta voix change trop souvent, ton audience ne sait plus à quoi s’attendre et elle aura plus de mal à créer du lien.
Nous sommes mi-juillet, il fait chaud et ma promesse d’un feuilleton de l’été étant à deux doigts de se transformer en cours théorique, je pense qu’il est grand temps de passer à la pratique.
3. Exercice pratique : Identifier ce qui rend ton écriture reconnaissable
Pour faire les exercices, tu peux télécharger la fiche pour l’imprimer ou suivre les instructions directement ci-dessous.
📥 Télécharger la version complète du feuilleton imprimable (PDF)
📥 Télécharger les exercices de cet épisode uniquement (PDF)
Je te propose trois exercices. Les deux premiers sont très rapides et permettent de capter ta voix sur le vif. Le troisième est plus complet, il compare plusieurs versions d’un même texte pour identifier ce qui définit ta voix.
Exercice 1 - L’écriture libre
Cet exercice t’aide à comprendre comment tu t’exprimes, comment tu racontes au naturel et répond à la question : De quelle façon je parle ?
Prends un sujet que tu maîtrises, puis écris pendant cinq minutes sans t’arrêter, sans corriger, sans chercher à rendre le texte publiable. Parle simplement de ce sujet comme si tu l’expliquais à une personne proche.
Tu peux commencer avec une phrase comme :
« Ce que j’ai envie de dire sur ce sujet, c’est… »
« Si je l’expliquais à une amie, je dirais… »
Mon sujet : ........................................................................
Mon texte : ........................................................................
............................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
Une fois le texte écrit, réponds à ces questions pour repérer tes marqueurs :
Par quoi ai-je commencé : une idée, une scène, une question, une opinion ou une explication ?
Mes phrases sont-elles plutôt courtes, longues ou alternées ?
Est-ce que je raconte avant d’expliquer, ou est-ce que je vais directement à l’idée ?
Est-ce que j’utilise des images, des exemples, de l’humour, des questions ou des nuances ?
Quelle phrase aurais-je probablement supprimée en voulant rendre le texte « plus professionnel » ?
Exercice 2 - Retrouver tes marqueurs dans trois textes
Choisis trois textes que tu as écrits à des moments différents. Il peut s’agir d’articles, de publications, d’emails, de légendes ou même de messages assez développés.
Relis-les sans chercher à savoir lequel est le meilleur.
Pour chaque texte, note :
la manière dont tu entres dans le sujet ;
la façon dont tu passes d’une idée à une autre ;
la place que tu donnes au lecteur ;
les images, expressions ou structures qui reviennent ;
ce que tu fais presque toujours avant de conclure.
Puis complète :
Dans au moins deux de mes trois textes, je remarque que je…
........................................................................
Le mouvement qui revient le plus souvent dans ma manière d’écrire est…
........................................................................
L’habitude que j’ai et que je dois préserver lorsque je réécris est…
........................................................................
Ne garde que les éléments présents dans au moins deux textes.
Exercice 3 - Comparer plusieurs versions pour reconnaître et identifier ta voix
Cet exercice s’inspire d’un atelier du programme Advanced Creative Nonfiction: The Narrative Voice de la Harvard Extension School (avouez que je vous propose un exercice from Harvard, c’est la classe !).
Cet exercice propose de réécrire une même scène avec plusieurs tons différents pour repérer celui qui respecte le mieux ta propre voix.
Comment faire :
Choisis un sujet ou une courte anecdote, cinq à huit lignes, quelque chose que tu avais envie ou déjà prévu d’écrire.
Commence d’abord par écrire une première version spontanée, sans chercher à la rendre jolie, parfaite ou impressionnante.
Puis écris-la de nouveau trois fois :
une version neutre
une version plus littéraire
une version plus experte / rationnelle
bonus (optionnel) : une version plus directe
Compare les quatre versions et essaie de comprendre ce qui qualifie ta version spontanée, puis utilise si tu le souhaites le prompt ci-dessous pour formaliser ce qui qualifie ta voix.
🤖 Prompt IA pour identifier ce qui rend ta voix reconnaissable :
Agis comme un formateur en écriture et en personal branding. Ne t'adresse
pas à moi directement. Prends mes textes comme un cas d'étude et décris ma
voix à la troisième personne (« la voix de l'auteur », « l'écriture ici... »),
comme si tu l'analysais devant un groupe d'élèves pour leur montrer comment
fonctionne une identité verbale.
Analyse la version spontanée en la comparant aux autres versions selon ces
3 critères stricts :
1. Les marqueurs de singularité : quelles sont les caractéristiques
concrètes de la version spontanée (structure, vocabulaire, niveau de
proximité) qui font qu'on reconnaît cette voix par rapport aux modèles
standards ?
2. L'impact de la réécriture : décris précisément le changement de posture
et d'effet produit sur le lecteur lorsque l'auteur passe de sa version
spontanée aux versions neutre, littéraire ou experte.
3. Le diagnostic de la voix : donne une définition en deux phrases de
l'identité verbale de cet auteur à partir de sa version spontanée.
Les textes du cas d'étude :
Version spontanée : [colle ton texte]
Version neutre : [colle ton texte]
Version littéraire : [colle ton texte]
Version experte : [colle ton texte]L’objectif de cet exercice n’est pas de produire des textes finis mais de comparer les effets de voix pour identifier de façon plus concrète la tienne.
Mon exemple : ce que mes réécritures révèlent sur ma voix
Voici un extrait d’une introduction d’un de mes anciens articles. Il faut savoir que je retravaille très peu mes introductions de texte, autant mes articles font l’objet de beaucoup de travail et de relecture, autant mes intros sont presque toujours écrites « au feeling », sur le moment. Elles sont donc assez révélatrices de ma voix.
Version spontanée : Mon ordinateur est posé sur mes genoux, je viens à peine de poser le dernier point de mon article sur le fait d’exister sur Substack sans être experte en un business quel qu’il soit. Je pourrais m’arrêter là, fermer l’ordinateur et me satisfaire d’un travail accompli, mais je n’y arrive pas parce que mes recherches sur ce précédent article ont amené une autre question : on le sait tous au fond, on peut trouver cela injuste, fatigant, vulgaire même parfois, mais aujourd’hui, faire un bon travail ne suffit plus toujours, il faut aussi apprendre à le rendre visible.
Voici la même intro mais avec d’autres tonalités.
Version neutre : Je viens de terminer un article sur le fait d’exister sur Substack sans être experte dans un domaine particulier. Ce sujet m’a amenée à une autre question : aujourd’hui, la qualité d’un travail suffit-elle ou faut-il aussi savoir le rendre visible ?
Version plus littéraire : Je viens à peine d’achever un article sur le fait d’exister sur Substack sans être experte de quoi que ce soit. À peine le point final posé, une autre réflexion s’est imposée inévitablement : dans un monde saturé de contenus, faire un bon travail ne suffit plus toujours, il faut encore apprendre à lui donner une présence.
Version plus experte / rationnelle : La rédaction de mon précédent article sur la visibilité sur Substack m’a conduite à une constatation plus générale : dans les environnements numériques actuels, la qualité d’un contenu ne garantit pas sa diffusion. La capacité à rendre un travail visible devient donc un enjeu stratégique à part entière.
Version plus directe : Faire du bon travail, aujourd’hui, ne suffit plus. Si personne ne le voit, il reste invisible. C’est cette réalité, parfois injuste, mais bien réelle, qui m’a amenée à poursuivre la réflexion dans cet article.
Cette première version me semble la plus fidèle à ma voix car elle part d’une situation intime, suit le mouvement de ma pensée et raconte avant d’expliquer. En la relisant, je m’y reconnais davantage que dans les autres versions.
Voici désormais un extrait du résultat du prompt :
Les marqueurs de singularité de la version spontanée
L’ancrage physique et temporel : L’auteur commence par situer l’action dans le réel immédiat (“ordinateur posé sur mes genoux”, “à peine de poser le dernier point”). C’est ce décor intime qui singularise le texte par rapport à une simple introduction de sujet.
La transparence du processus de pensée : La voix intègre le doute et l’action en train de se faire (“je n’y arrive pas parce que...”).
Le passage du “Je” au “On” : L’auteur crée de la complicité en incluant le lecteur dans sa propre prise de conscience grâce à une généralisation inclusive (“On le sait tous au fond”).
Le diagnostic de la voix
L’identité verbale de cet auteur repose sur une écriture de la confidence et de l’action immédiate, caractérisée par un niveau de proximité maximal avec le lecteur. Sa signature se définit par la capacité à transformer une situation du quotidien en une réflexion collective et partagée.
Résultat final - Décris ta voix et ta signature en trois phrases
À partir de ton analyse, complète ces trois phrases :
Ma voix se reconnaît à :
........................................................................Ma signature repose sur ma manière de :
........................................................................Lorsque je réécris, je dois veiller à ne surtout pas perdre :
........................................................................
Exemple tiré de mon propre exemple :
Ma voix se reconnaît à une écriture de la confidence qui suit le mouvement de ma pensée.
Ma signature repose sur ma manière de partir d’une situation quotidienne pour amener vers une réflexion collective.
Lorsque je réécris, je dois veiller à ne pas effacer l’illustration de ma pensée (le décor permet de visualiser) et la proximité avec le lecteur.
Avant dimanche prochain...❤️
J’espère que cette deuxième édition du feuilleton de l’été t’a plu
Si tu as fais au moins deux de ces exercices cette semaine, conserve bien tes réponses. Si tu avais raté le premier épisode tu retrouver l’article ici ou télécharger l’ensemble des exercices de la série dédiée à la marque personnelle.
Dimanche prochain, on passera à ton positionnement, à qui tu t’adresses et pourquoi on aurait envie de te suivre.
D’ici là, n’hésite surtout pas à me partager ta phrase finale : « Ma voix se reconnaît à… ». Je suis curieuse de voir comment tu as réussi à qualifier ta voix et à mettre des mots sur un concept qui peut parfois sembler si abstrait !
J’ai hâte de te retrouver dimanche prochain.
D’ici là, je te souhaite une belle semaine ensoleillée,
Emilie
Construire une marque personnelle ne se fait pas en un article. Chaque dimanche, une nouvelle étape viendra s’ajouter à ce cahier.
🏖 Introduction - L’été où j’ai construit ma marque personnelle
✅ Épisode 1 - Trouver sa matière première
✅ Épisode 2 - Trouver sa signature (vous êtes ici)
⏳ Épisode 3 - Trouver son positionnement
⏳ Épisode 4 - Affiner son style
⏳ Épisode 5 - Incarner son message
⏳ Épisode 6 - Installer sa marque sur Substack


