Persona ou persona pas ?
Histoire d'un rendez vous manqué
Je vais vous raconter l’histoire d’un rendez-vous manqué.
Je l’ai rencontrée un lundi, elle s’appelait Sophie. Elle s’est assise en face de moi avec une grâce qui semblait avoir été répétée devant un miroir. Elle avait 38 ans, elle le disait avec cette assurance de celles qui ont dompté le temps et que j’envie souvent.
Elle s’assumait complètement, j’avais l’impression, parfois, qu’elle marchait sur la pointe de pieds en dansant. Elle a posé ses clés de voiture sur la table, avec ce porte-clés en cuir souple et elle a commandé un thé vert sans un regard pour la carte.
Elle m’a parlé de ses matins sans réunion, de la lumière qui baigne son salon quand elle pratique son yoga à l’aube, de ce podcast sur la croissance personnelle qui lui avait enfin appris à lâcher prise. Elle avait même des failles, Sophie. Elle me confiait, avec une petite moue, qu’elle travaillait trop, qu’elle était beaucoup trop entière, qu’elle aimait trop l’excellence… perfectionniste était son plus grand défaut.
Mes défauts sont des gros cailloux les siens étaient des bijoux (trop choux) Sa vie était un programme fluide et bien ordonné.
Je l’écoutais et, pendant dix minutes, j’ai voulu être elle. J’ai voulu habiter dans son appartement sans poussière avec ses meubles chinés mais assortis avec goût et croire, moi aussi, que le bonheur tenait dans une discipline de fer déguisée en douceur de vivre (ou “slow life, comme ils disent maintenant).
Lorsque soudainement il y a eu un silence.
Un serveur a fait tomber un plateau. Un bruit sec, un terrible fracas de verre. A ce moment précis j’ai réalisé , qu’alors que tout le monde autour de nous avait bondi main sur le coeur, Sophie, elle, n’a pas sursauté, elle n’a même pas bougé d’un millimètre. Elle a continué de sourire en attendant que le silence revienne pour placer sa phrase suivante.
Bien sûr !
J’ai compris qu’elles ne tremblaient jamais parce qu’elles n’avaient pas de sang. Sophie n’était pas en face de moi. En face de moi, il y avait une fiche notion. un tableau, un portrait-robot dessiné par un comité de direction ou une équipe marketing.
Sophie était le « Persona » parfait. Elle avait un prénom, un âge, une passion pour le yoga et une Peugeot 308, mais elle n’avait pas d’âme. Elle n’avait pas ce moment de panique à 23h quand le fichier Excel plante. Elle n’avait pas cette peur viscérale de ne pas être à la hauteur de son nouveau poste de directrice marketing. Elle n’avait pas d’urgence. Elle n’était qu’une cible et à force de vouloir viser juste, on avait fini par manquer la vraie sophie.
Sophie, tu t’appelles peut-être Gisèle, Jessica ou Martine, d’ailleurs. Peu importe. Ce que je sais, c’est que personne ne t’a vraiment posé la question.
Le persona, dans sa version courante, se construit depuis une salle de réunion. On lui donne un prénom, un âge, une passion pour le yoga et une voiture, des freins, des motivations, on empile les couches socio-démographiques, et on croit qu’à force de détails, on va finir par toucher quelqu’un de réel. Mais ce qui intéresse dans le cas de Sophie, ce n’est pas sa Peugeot 308, ni sa passion pour le yoga. C’est ce qui lui fait descendre les escaliers un lundi matin avec la certitude que la journée va être trop longue ou savoir ce qui lui fait peur ou au contraire ce qui la fait éclater de rire.
J’ai repensé à ce plateau qui tombe et ce bruit fracassant dans le café. J’ai depuis cette idée que si tu construis tes récits autour d’une Sophie qui ne sursaute pas, tu ne parleras qu’à ton imagination.
Qui est la vraie femme derrière votre fiche persona et avez-vous déjà osé lui poser tout simplement la question ?
Je pense qu’il faut arrêter de se reposer des techniques marketing froides, des prompts IA bien ficelés ou d’imaginer que penser à leur place va suffire. Avez vous déjà vu un psychologue analyser un profil sur la base de l’idée qu’ils se font d’un patient ?
Alors persona ou persona pas ? oui, à condition d'avoir d'abord pris le café avec la vraie Sophie !
Emilie



Honnêtement, ce persona est-il si important ? Connaître sa cible oui, mais de là créer tout un personnage qui coche toutes les cases qu'on a inventé pour lui vendre son produit ? Je suis passée par là aussi, dans le cadre de ma formation en copywriting, et ça m'a ennuyé grave. Personnellement je ne veux pas me limiter à un seul personnage idéalement créé, ni à 2 ou 3 d'ailleurs. J'ai une large cible par rapport à ce que je propose et c'est là-dedans que j'identifie mon client final en écoutant et en répondant à ses besoins.