Les relations parasociales : Le mot qui explique comment construire une vraie communauté engagée
Dans cet article : ce que sont vraiment les relations parasociales et pourquoi le terme explose en ce moment, ce que les études disent sur la fréquence et la régularité et ce que ça indique concrètement sur le rythme de vos publications Substack.
Vous avez déjà eu l'impression de connaître quelqu'un que vous n'avez jamais rencontré ?
Si je croisais, Caroline Receveur ou Jennifer Aniston dans la rue demain, je pense que ça me ferait quelque chose, pas au sens fan hystérique du terme, rassurez-vous, plutôt ce sentiment bizarre d’avoir l’impression d’un peu connaître la personne que vous n’avez pourtant jamais rencontré, de savoir comment elle pense, ce qu’elle aime, comment elle vit (ou en tout cas penser le savoir…). Vous avez déjà ressenti ça avec quelqu’un que vous suivez en ligne ?
On appelle ça une relation parasociale. Petit détail amusant, ce terme a été élu mot de l’année 2025 par le Cambridge Dictionary. Longtemps cantonné aux cercles académiques, il a fini par s’installer dans le langage courant, ce qui en dit long sur à quel point le phénomène nous concerne tous désormais.
Pourquoi notre cerveau ne fait pas la différence entre une vraie relation et une relation en ligne ?
Notre cerveau ne fait pas vraiment la différence entre une relation réelle et une relation médiatisée. À force de voir quelqu’un régulièrement, d’entendre sa voix, de suivre son quotidien, il l’intègre comme une présence familière, presque comme un ami. Les neurosciences ont un mot pour ça, les neurones miroirs, ces petites choses qui s’activent de la même façon que vous viviez une situation ou que vous la regardiez vivre par quelqu’un d’autre.
Ça existait déjà avec les stars de cinéma et les personnages de séries. Les réseaux sociaux ont juste tout accéléré parce que les créateurs donnent l’illusion d’une vraie proximité, ils vous parlent en face caméra, ils vous racontent leurs doutes, leurs matins difficiles, ils répondent parfois à vos commentaires. La distance entre eux et vous semble infime. Et tant que ça reste dans des proportions raisonnables, c’est un mécanisme tout à fait normal, même chez les personnes les mieux dans leurs baskets.
Et d’ailleurs, si vous avez l’habitude de papoter avec Claude ou ChatGPT comme si c’était un confident, techniquement vous êtes aussi concerné ! Les relations parasociales ne se limitent pas aux humains, elles peuvent se former avec n’importe quelle entité avec laquelle on interagit régulièrement, personnages de fiction, avatars, IA. A force de répétition, le cerveau ne fera pas la différence…
Pourquoi les créateurs qui cartonnent ne sont pas forcément les plus parfaits ?
Du point de vue du personal branding, les créateurs qui construisent les communautés les plus engagées ne sont pas forcément les plus compétents, les plus beaux ou les mieux équipés. Ce sont ceux qui ont réussi, consciemment ou non, à déclencher ce mécanisme, à faire en sorte que leur audience ait l’impression de les connaître vraiment, de partager quelque chose avec eux, de faire partie de leur histoire.
Combien de temps faut-il pour créer ce lien avec votre audience ?
Un chiffre circule beaucoup ces derniers temps dans les articles marketing et sur les réseaux : il faudrait entre 7 et 12 heures de contenu consommé pour qu’une relation parasociale commence à se former. J’ai cherché l’étude originale et honnêtement je ne l’ai pas trouvée.
Ni moi, ni Perplexity, ni ChatGPT. Ce chiffre semble davantage être une estimation qui circule d’article en article qu’un résultat académique vérifiable.
Ce que la recherche confirme en revanche, depuis Horton et Wohl qui ont théorisé le concept dès 1956, c’est que le lien se construit par la répétition et la régularité de l’exposition. Il n’y a pas de seuil universel en heures, deux personnes exposées au même créateur pendant le même temps peuvent développer des attachements très différents. Ce qui compte, c’est la fréquence, la cohérence et l’impression de proximité que vous créez dans la durée.
La régularité, justement, c’est un sujet sur lequel on entend tout et son contraire. Elle servirait l’algorithme mais pas forcément la communauté. Dans le contexte des relations parasociales, la régularité ne sert pas l’algo, elle sert le cerveau de votre lecteur. Plus il vous voit souvent, plus il vous intègre comme une présence familière.
La fréquence crée la familiarité, la familiarité crée la confiance, la confiance crée l’attachement…
C’est exactement le même mécanisme que dans vos relations amicales. Les amis que vous voyez souvent sont naturellement ceux auxquels vous pensez en premier pour proposer un café, un verre, une sortie. Ceux que vous ne voyez plus pendant des mois finissent par s’effacer de votre quotidien, même si ce sont de très bons amis par ailleurs. La présence régulière maintient le lien vivant, l’absence le dilue.
Une nuance importante ici, attention à ne pas confondre régularité et intimité. J’en parle plus en détail dans mon article Développez votre communauté de lecteurs : ne confondez pas intimité et résonance.
Vous n’avez pas besoin de raconter toute votre vie pour créer ce lien. Vous avez besoin de cohérence et de profondeur, montrer comment vous pensez, ce que vous défendez, comment vous voyez les choses.
Concrètement sur Substack, ça représente quoi ?
Concrètement sur Substack, si on se base sur cette hypothèse de 7 à 12 heures, combien de contenu cela représente ?
Un article lu attentivement dure en moyenne 5 à 7 minutes. Pour atteindre ces 7 heures, votre lecteur devrait donc avoir consommé quelque chose comme 60 à 80 de vos contenus. Chiffre évidemment à prendre avec des pincettes puisque l’estimation de départ n’est pas vérifiée scientifiquement, mais l’ordre de grandeur donne à réfléchir sur la façon dont on envisage sa présence dans le temps…
dans tous les cas, cela pose une vraie question sur la fréquence, une fois par semaine, une fois toutes les deux semaines, une fois par mois ?
Les études ne donnent pas non plus de réponse précise sur ce point. Ce qu’elles montrent en revanche, c’est que l’absence prolongée dilue le lien, exactement comme avec vos amis que vous ne voyez plus. Une fois par mois pendant six mois, c’est 6 points de contact. Une fois par semaine, c’est 26…
Le cerveau de votre lecteur ne fait pas ce calcul mais il enregistre inconsciemment la présence ou l’absence.
Alors qu’est-ce qu’on fait de tout ça concrètement ? On arrête de se demander si notre contenu est assez bon, assez viral, assez parfait. On commence à se demander si on est suffisamment présent, suffisamment cohérent, suffisamment soi-même pour que les gens aient l’impression de nous connaître vraiment parce qu’ils se sont sentis invités à entrer dans notre univers.
Les créateurs qui construisent des communautés solides ne sont pas ceux qui ont tout compris dès le départ. Ce sont ceux qui sont encore là six mois, un an, deux ans après. Parce que le lien ne se construit pas en un article, il se construit dans la durée, par accumulation et présence répétée.
Si vous débutez sur Substack ou ailleurs, retenez juste ça : votre premier lecteur fidèle ne sera pas celui qui a lu votre meilleur article. Ce sera celui qui vous aura lu suffisamment longtemps pour avoir l’impression de vous connaître.
Emilie
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Sources
Horton, D., & Wohl, R. R. (1956). Mass communication and para-social interaction. Psychiatry, 19(3), 215-229. https://www.tandfonline.com/doi/pdf/10.1080/00332747.1956.11023049
Breves, P., & Liebers, N. (2024). Making and Breaking Parasocial Relationships with Human and Virtual Influencers. Journal of Media Psychology. https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/15213269.2025.2558029
Quéval, L. (2026). Relations parasociales à l’ère des réseaux sociaux : l’exemple des communautés de fans. Le Journal des psychologues, 421(2), 6-10. https://shs.cairn.info/revue-le-journal-des-psychologues-2026-2-page-6



Le cerveau humain et son fonctionnement, terriblement fascinant ! J’ai écrit sur le sujet également, en beaucoup moins scientifique, cela va sans dire. ☺️🌻