Le paradoxe du marketing moderne : tout simplifier, sans jamais être clair.
Permettez moi de vous raconter le début de mon histoire : pourquoi j’écris sur le growth …
Je crois qu’on a tous déjà eu cette impression étrange d’être à côté du train, celui qui file à toute allure, et où, de l’extérieur, tout le monde a l’air parfaitement installé à l’intérieur.
C’est exactement ce que j’ai ressenti il y a deux semaines, pendant une conférence sur l’IA et les outils no-code.
Le titre, c’était un truc du genre “Les outils no-code qui changent la donne”, suivi d’un apéro.
Sur le papier, parfait.
En vrai ? … disons que j’aurais préféré l’apéro.
Le conférencier, clairement expert dans son domaine, a enchaîné pendant 90 minutes non-stop, avec des phrases du type :
“Pour scaler votre GTM strategy, il est primordial désormais de trigger vos workflows via des API calls et de tracker vos KPIs avec un dashboard custom qui agrège vos metrics cross-channel.”
Voilà.
La bonne nouvelle, c’est que je suis “dans le game” (comme ils disent) depuis assez longtemps pour comprendre ce jargon, mais je me suis quand même dit qu’il aurait pu faire l’effort de parler un peu plus français, littéralement et métaphoriquement.
Et là, j’ai eu comme un déclic.
On passe notre temps à dire qu’on veut “rendre le digital accessible à tous”, mais on parle comme si c’était un club privé, réservé à ceux qui ont le bon vocabulaire.
C’est un peu comme si on disait “la porte est ouverte, entrez donc !”, mais qu’il fallait d’abord connaître le code pour l’ouvrir.
Je me suis dit : tiens, voilà le vrai paradoxe du marketing.
Il prétend tout simplifier, mais il parle une langue qui exclut.
Et je me suis aussi dit que si même moi, qui fais ce métier depuis quinze ans, je décroche parfois, alors comment font ceux qui essaient juste de comprendre, sans vouloir devenir experts ?
Quand même les initiés se perdent dans la technocratisation du langage, comment des entrepreneurs talentueux mais étrangers au marketing pourraient-ils, eux, monter dans le wagon ?
C’est à se demander si ce n’est pas fait exprès, pour cultiver leur fameux “unfair advantage” (vous l’aviez celui-là ?).
C’est un terme qui veut dire que vous avez un atout que vos concurrents n’ont pas.
Bref, le milieu du marketing, ou du “growth”, est devenu totalement buzzwordisé, et ça m’agace.
(Avouez que celui-là non plus vous ne l’aviez pas vu venir, hein ? Oui, vous avez bien compris : on a tellement poussé le vice du langage technique à la mode qu’on a inventé un mot pour parler du fait qu’il y a trop de mots à la mode. Génial, non ?)
Mon avis ?
Ça ne devrait pas être comme ça.
On nous répète qu’on veut “simplifier les messages”, “rendre la donnée lisible”, “fluidifier les parcours clients”, mais à force de vouloir tout modéliser, on finit par parler un langage qui n’appartient plus à personne.
Les mots deviennent des indicateurs, les récits deviennent des frameworks, et les marques deviennent des systèmes d’acquisition, sans âme, sans voix, sans nuances.
Moi, ça fait quinze ans que je vis là-dedans.
J’ai construit, mesuré, itéré, optimisé.
J’ai passé des nuits à traquer les micro-frictions d’un tunnel, à chercher le bouton qui convertit mieux, le message qui retient plus.
Et j’adore ça, sincèrement.
Mais j’ai aussi toujours écrit, des histoires, des fragments, des phrases qui ne “servent à rien”, mais qui disent tout.
Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait choisir : la rigueur ou le sens, le tableur ou la page blanche, le growth hacker en sweat à capuche, le stratège à lunettes en doudoune sans manche, ou le storyteller tatoué hyper cool.
Et puis j’ai compris que ce choix-là était le vrai malentendu.
La recette qui marche ?
Une mécanique implacable qui sert une expérience vraiment mémorable, et inversement.
Je crois sincèrement qu’on est à un tournant, parce que l’IA est en train de redessiner complètement les règles du jeu, et qu’on ne peut plus faire semblant de l’ignorer.
Parce que beaucoup de gens autour de moi veulent comprendre, se former, s’intéresser sérieusement à ces sujets, mais se heurtent à un mur de jargon et d’élitisme involontaire qui les décourage.
Et surtout parce que je refuse profondément de croire qu’il faut choisir entre être humain et être efficace, entre avoir du cœur et avoir des résultats.
Alors voilà, bienvenue ici.
Je suis vraiment ravie que tu sois là.
Ici, on va parler croissance, stratégie, IA, récits qui collent dans les têtes, avec des chiffres quand il faut, des cas concrets toujours, et surtout pas de jargon à la con, je te le promets.
Émilie
💬 In data we trust, in story we believe.



J'accroche beaucoup à ton discours ! Il y a effectivement un jargon propre au milieu du marketing digital qui rend compliqué l'accès et la compréhension aux personnes non initiées. Même quand les termes sont de simples analogies, comme tu le soulignes avec buzzword. Ça fait du bien t'entendre ce discours 😁