Café Substack : Et si Substack avait une adresse ?
Une communauté qui ne se rencontre jamais, est-ce encore une communauté ?
Le 21 mai, je me retrouve à un apéro « entrepreneurs », sur une terrasse, au milieu de presque 200 personnes qui réseautent et s’échangent leur profil LinkedIn.
Je me sens un peu dépassée, j’ai bien un profil linkedIn, mais j’y passe peu de temps et je trouve que finalement on y apprend peu de choses sur les personnes que l’on rencontre.
Quand j’essaie de glisser le mot « Substack » entre deux verres de blanc, je comprends que la plupart n’en ont absolument jamais entendu parler et je trouve cela dommage.
En rentrant, j’ai fait ce que je fais toujours ces derniers temps quand un truc me trotte dans la tête : j’ai posté une note.
Une bouteille à la mer pour dire que ce serait quand même chouette de se voir en vrai, entre « gens d’ici », entre substackiens pour se rencontrer.
L’algorithme Substack, qui a des fois bien des mystères, a cette fois parfaitement fait son travail puisque dans les jours qui ont suivi j’ai vu passer pas mal de monde qui disait la même chose, qui proposait d’organiser ces rencontres, qui avait visiblement la même envie que moi. Certains l’ont déjà fait en petit comité, d’autres ont ce sujet en tête pour plus tard.
Depuis, cette idée ne me quitte pas. Avec le sentiment que se retrouver autour d’un verre, aussi sympa que ce soit, ne suffirait peut-être pas.
En réalité, si je suis honnête, cela a réveillé un vieux rêve en moi : ouvrir un café culturel nouvelle génération.
Je préfère vous prévenir (et je m’en excuse) : je ne suis pas (encore) en train de signer un bail pour un « Café Substack ».
J’ai juste envie de vous raconter ce rêve, parce que je crois vous l’avoir déjà dit mais je suis une rêveuse et j’aime que parfois les rêves, à force d’en parler, puissent prendre une part de réalité.
Et puis, je dois avouer que cela m’amusait beaucoup d’imaginer le concept de ce café Substack.
Nous voici donc à l’aube d’un article un peu différent de d’habitude, bien moins utile et informatif mais pas moins sérieux dans ce qu’il raconte de notre rapport aux autres, aux lieux et à cette drôle d’époque où l’on se suit beaucoup sans toujours se rencontrer.
J’espère sincèrement que cet article vous plaira et que je ne serai pas la seule à vouloir pousser la porte de cet endroit.
Laissez-moi vous emmener dans ce café !
Le lieu
J’aime voir Substack comme une place de village. Toutes les idées se croisent. Certaines passent, s’envolent tandis que d’autres restent et s’installent.
J’ai lu cette jolie phrase dans une note de Elodie Pastoureau.
Elle résume bien ce lieu que j’imagine parfaitement sur une place aux pavés irréguliers, en face de l’église, à l’angle d’une boulangerie. Il fait ainsi partie de la vie, la vie des gens qui sortent sans même se rendre compte qu’ils le font pour créer du lien et qui rentrent chez eux le sourire aux lèvres.
Ce café aurait, le charme de l’ancien, du bois brut et des matières nobles mais pas d’un endroit vieillot, avec des étagères poussiéreuses.
Ce sentiment qu’on a en entrant dans une grande librairie ou une de ces bibliothèques où on lève les yeux et où on se dit waouh ! Le tout, transposé dans un endroit vivant et contemporain. L’ancien qui rencontre le moderne et donne quelque chose de confortable, vivant et insolent.
Une grande verrière, de la lumière qui tombe, beaucoup de plantes et des bibliothèques qui montent jusqu’au plafond. Du bois, des fauteuils profonds mélangés à d’autres pièces plus design, une palette de couleurs chaudes et de verts profonds.
Un lieu propre et lumineux sans être froid, cosy sans être encombré, où l’on se sent bien dès qu’on pousse la porte.
Ici, le beau ne serait pas une fin en soi. Il serait au service du bien-être, de ce moment où l’on s’installe quelque part et où l’on se sent chez soi.
Un endroit où le temps ralentirait.
On pourrait y commander un café trop long qu’on finirait par boire froid, ou un verre de vin blanc à 17h12 sans culpabiliser. Personne ne vous ferait sentir que vous occupez la table depuis trop longtemps ou que vous n’êtes pas à votre place.
Un lieu avec du caractère, un brin d’insolence dans le ton, mais où l’on aime sincèrement les gens qui poussent la porte.
Un endroit ouvert à tous
Soyons bien clairs, parce que cela compte beaucoup pour moi. Ce ne serait pas un repaire de gens qui se montrent, qui citent les bons auteurs pour faire les intellos supérieurs et qui regardent de haut celui qui lit un roman de gare. Je déteste cela !
Chez nous, il n’y a pas de mauvais livres ni de mauvais lecteurs. On peut venir avec son polar de plage, son manga, son développement personnel, son “l’IA pour les nuls” ou son Goncourt, c’est ok !
On peut venir seul ou à plusieurs. Avec son ordinateur, son carnet de notes ou juste ses yeux pour rêvasser.
Un endroit où on a le droit d’aimer ce qu’on aime sans avoir à se justifier de quoi que ce soit.
Chez nous, on pourrait parler de culture, de business, de poésie, d’écologie, de mille choses !
On aime le sarcasme qui grince mais on refuse le cynisme qui dénigre !
La seule porte fermée serait évidemment, celle du mépris, parce qu’un endroit où l’on se sent libre d’être soi ne peut pas l’être si certains s’y croient autorisés à rabaisser les autres.
Le seul but de ce lieu, ce serait qu’on s’y sente suffisamment libre pour être soi et rencontrer des gens.
Échanger, parfois doucement, parfois de façon vibrante. Chuchoter certains sujets et rire beaucoup trop fort sur d’autres.
Du matin au soir
Le matin, on viendrait y prendre un café serré ou au lait et une tartine au beurre salé, seul avec un livre ou un carnet. L’après-midi, on s’y poserait pour lire, travailler, écrire et manger des pâtisseries maison.
Le soir, l’endroit changerait totalement de visage, lumière basse, vins, cocktails, petites assiettes ou bol géant de frites maison et des gens qui parlent de ce qu’ils aiment, de ce qui les fait rêver, que ce soit pro ou perso.
Un espace où l’on parlerait d’inspiration, de créativité, de comment réinventer un monde qui semble parfois trop étriqué.
Mais alors, qu’est-ce qui ferait de cet endroit un café Substack et pas juste un joli café avec des livres ?
Ce qui en ferait un café Substack ne serait pas le logo sur la porte.
Quand on y pense, Substack est l’un des rares endroits où les gens écrivent encore du contenu long et lisent encore des articles de plus de 5 minutes.
On ne vient pas sur Substack pour le scroll qui défile tout seul, pour le contenu jetable ou le hack du jour déjà vu à l’identique par des dizaines d’autres comptes.
Soyons honnêtes, si on voulait juste être vus et avoir des stats de folie, on n’irait pas s’embêter à écrire des articles de huit mille signes sur une plateforme où il y a infiniment moins de monde qu’ailleurs.
On irait là où le scroll et les likes sont plus massifs.
Si on est par ici, c’est bien que l’on a envie d’autre chose. Peut-être plus de fond parfois au détriment de l’ultra performance ?
Peut-être que cela paraît prétentieux de dire cela, mais attention, je ne dis pas que les gens sur Substack sont mieux, ni plus élevés , je dis qu’ils ne cherchent de toute évidence pas la même chose que sur d’autres réseaux sociaux.
Un lieu pensé pour chaque humeur
Mais revenons à ce café.
On pourrait organiser des apéros entre Substackiens et ce serait déjà très bien.
Pourtant, plus j’y pensais, plus je me disais que ce n’était pas seulement d’un rendez-vous dont j’avais envie.
Ce que je voulais, c’était un lieu pensé pour cette manière particulière d’écrire, de lire, de réfléchir, de se rencontrer.
De grandes tables communes pour ceux qui viennent partager, discuter, rencontrer. Des coins plus reculés, au calme, pour les solitaires qui veulent lire ou avancer sur un texte sans qu’on les dérange. Des espaces à même le sol, avec des coussins, pour s’allonger avec un livre, travailler autrement ou ne rien faire d’autre que rêvasser.
Le vrai cœur du projet : l'intelligence collective
Nous arrivons désormais au vrai cœur de l’idée de ce café :
Ce serait l’intelligence collective !
Je suis convaincue qu’on peut garder une voix bien à soi, unique et qu’en même temps cette voix prend une tout autre ampleur dès qu’elle se relie à d’autres.
Plusieurs voix tenues par un même fil.
Ce fil, dans mon idée, ce serait le café.
Il se passe quelque chose de différent quand on se rencontre pour de vrai. On se dit des choses qu’on n’aurait jamais écrites, des trucs qui sortent sans qu’on les ait réfléchis dix fois avant de publier.
En ligne, même avec la meilleure volonté, on finit par tourner un peu en rond, entre gens qui se ressemblent sur des plateformes qui récompensent ce qui fait réagir plus que ce qui fait réfléchir. On perçoit mal les nuances aussi, les hésitations ou les vrais désaccords !
Autour d’une table, tout cela revient. cette émulation, cette effervescence ! La nuance, la confiance, l’idée qui jaillit parce que quelqu’un en face vient de dire un truc qui la déclenche.
Le numérique fait croire au collectif mais ne va que rarement jusqu’au bout de ce qu’il permet réellement.
Experts ou rêveurs
Cette idée d’intelligence collective m’amène à un sujet que j’observe depuis que je suis arrivée ici.
Il y aurait deux “clans” sur Substack, du moins on a tendance à le présenter souvent comme ça. D’un côté les experts, ceux qui viennent transmettre un savoir, une méthode, une analyse. De l’autre les rêveurs, ceux qui écrivent sur ce qui les traverse, l’intime, le récit sans forcément vendre quoi que ce soit.
Qui dit clan, dit que ces gens s’opposent … Moi je crois au contraire qu’ils doivent s’enrichir de leur présence respective !
Je suis persuadée que cette frontière est fausse parce qu’un expert qui choisit Substack plutôt qu’une plateforme où ça scrolle vite, c’est déjà quelqu’un qui a envie de prendre le temps, d’avoir un angle, de dire les choses à sa façon. Au fond, il cherche exactement la même chose que le rêveur, juste avec un autre point de départ. Les meilleures newsletters d’experts ne sont pas des modes d’emploi, elles proposent des univers avec un vrai regard personnel.
A l’inverse, les meilleurs textes des rêveurs t’apprennent toujours quelque chose, même quand ils ne prétendent rien t’enseigner !
C’est là que l’intelligence collective reprend tout son sens.
Mis côte à côte, ces deux-là ne s’opposent pas, ils se complètent. Le café, ce serait l’endroit où la rigueur de l’un et la sensibilité de l’autre se rencontrent autour de la même table et où chacun repart avec un peu de ce qu’il n’avait pas en entrant.
Par exemple, un auteur bloque sur son texte ? un entrepreneur qui ne sait pas raconter ce qu’il vend ? Deux personnes qui ne se seraient jamais parlé en ligne et qui finissent par écrire une idée ensemble sur une serviette en papier.
Imaginez : le café pourrait proposer des séances d’écriture d’articles en binôme, avec des personnes d’horizons totalement différents. L’exercice serait fascinant, et les idées qui en ressortiraient sans doute bien plus riches !
Des livres, des newsletters et un journal du café
il y aurait les livres, évidemment, mais pas seulement ceux qu’on trouve partout. J’aimerais qu’on puisse en acheter ici, avec une vraie place pour les auteurs autoédités, pour les plumes de Substack qui se lancent et cherchent à se faire connaître. Qui sait, peut-être que la prochaine grande voix de la littérature passera un jour par une table de ce café, encore inconnue de tous. J’aime cette idée que ce soit un endroit qui donne une chance à ceux qui commencent.
J’imagine aussi qu’on puisse y trouver des versions papier de newsletters, sous forme d’abonnement ou à l’unité. Une façon de faire découvrir des voix, des réflexions, des univers qu’on n’aurait jamais croisés autrement, parce qu’on ne tape pas dans une barre de recherche le nom de quelqu’un qu’on ne connaît pas encore.
Sur le comptoir à l’entrée, serait posé le journal du café. Un petit recueil mensuel qui rassemblerait des lettres, des textes, des articles de fond piochés ici et là. On pourrait le prendre contre un euro ou le don de son choix. Une pièce ne change la vie de personne mais j’aime l’idée de réhabituer doucement à cette idée qu’on a un peu perdue, qu’une création, un texte, une pensée, a de la valeur et que tout ne devrait pas toujours être gratuit.
Des événements pour faire vivre le lieu
Les événements suivraient la même logique de partage et créativité.
Des lectures où de jeunes auteurs viendraient lire leurs textes à voix haute. Des rencontres avec des autrices et des auteurs de newsletters, pas seulement littéraires, aussi celles et ceux qui écrivent sur la société, les idées, le travail, le business, sur leur domaine, du moment qu’ils ont un vrai regard et une voix (et qu’ils ne proposent à personne de commenter Claude pour recevoir leur newsletter) !
Des ateliers d’écriture pour ceux qui veulent s’y mettre ou progresser. Que ce soit de l’écriture littéraire ou de l’écriture stratégique !
Des clubs de lecture pour celles et ceux qui aiment décortiquer un texte ensemble. Des soirées sans rien aussi où l’on discute tout simplement.
Bref, un endroit qui ne se contenterait pas d’être joli à regarder, mais où il se passerait quelque chose, où l’on viendrait autant pour les gens que pour le lieu.
J'ai poussé le rêve un peu loin
Je me suis littéralement laissée prendre au jeu de mon propre rêve.. J’ai commencé à creuser le marché, regardé qui faisait quoi, ce qui marchait, ce qui fermait et pourquoi.
Les librairies qui ouvrent avec un café se multiplient ces dernières années, ce n’est pas juste un fantasme de lectrice nostalgique isolée. En revanche, personne n’en a encore fait une vraie marque. Des lieux attachants, il y en a plein, mais aucun avec une identité forte, un univers reconnaissable, pensé pour exister ailleurs qu’à un seul endroit.
Développer des concepts, construire de A à Z, donner un ton, une voix, une identité à une marque, c’est exactement ce que j’aime faire dans la vie. Alors imaginer ce projet sur un sujet qui me passionne autant, forcément… je me suis un peu emballée
Heureusement que l'investissement financier nécessaire m’a rappelé à l’ordre sinon je serais déjà en pleine formation barista !
Peut-être que ce café n’ouvrira jamais mais en l’écrivant je réalise qu’on a beau écrire en ligne, lire en ligne, se suivre en ligne, il arrive un moment où l’on a envie de savoir qui est vraiment assis de l’autre côté de l’écran.
Alors dites-moi. Est-ce que ce lieu vous plaît ? Est-ce que vous pousseriez la porte de ce café, vous y viendriez lire, écrire, rencontrer les auteurs que vous suivez depuis des mois ? Je suis curieuse de savoir si je rêve toute seule ou si on est déjà une petite bande de rêveurs à l’imaginer.
Et comme on ne sait jamais qui tombera sur nos articles… Si vous êtes banquier, mécène, ou riche héritier avec 200 000 euros qui dorment et une passion pour les livres et le bon café, contactez-moi ! :)
Emilie






Ouh lala, tu nous a fait rêver. Je me suis imaginé dans ce café où l'intelligence collective aurait une place. J'avoue, c'est le rêve d'un tas de gens, car j'ai rêvé moi-aussi d'un café plus ou moins similaire. Et ça dit sans doute quelque chose de profond sur chacun d'entre nous.
Pendant quelques minutes, je n'ai plus lu un article... j'ai visité un lieu.
Je me suis vue pousser la porte de ce café, m'installer dans un fauteuil près de la verrière, entourée de bois, de livres et de plantes. Commander un café beaucoup trop long, sortir mon carnet, lire, réfléchir, écrire... puis rencontrer des personnes que je ne connaissais jusque-là qu'à travers leurs mots.
Je te souhaite, et je nous souhaite aussi, que ce rêve se concrétise un jour.